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Avant Amazon et ses livraisons express, il y avait un fourgon qui roulait à 15 km/h : l’histoire du premier véhicule de livraison

On connaît tous Carl Benz pour sa fameuse Patent-Motorwagen de 1886, célébrée comme l’acte de naissance de l’automobile. Ce qu’on raconte moins, c’est ce qui s’est passé 10 ans après : le même homme, dans la même usine de Mannheim, a eu l’idée bien plus prosaïque de coller une caisse de chargement sur un châssis et d’appeler ça un véhicule de livraison. Moins romanesque qu’une première voiture, certes. Mais au fond, peut-être plus utile.

Un fourgon né d’une nécessité commerciale

En 1896, la Rheinische Gasmotorenfabrik Benz & Cie ne roule pas uniquement sur la gloire de ses voitures de tourisme. Il faut vendre, diversifier, trouver de nouveaux débouchés. L’utilitaire n’est donc pas le fruit d’une vision géniale tombée du ciel, mais d’une logique industrielle assez banale : si le moteur thermique peut déplacer des gens, il peut aussi déplacer des marchandises.

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Le résultat est un engin compact, capable de transporter jusqu’à 300 kg, propulsé par un monocylindre de 2,9 litres développant environ 3,7 kW, soit 5 petits chevaux. La vitesse maximale plafonne à 15 km/h, ce qui suffisait à l’époque pour devancer un cheval fatigué. La transmission à 3 rapports passe par un système de poulies, d’engrenages et de chaînes qui témoigne d’un artisanat sérieux, même si l’ensemble devait produire un vacarme assez peu discret dans les rues pavées.

Le moteur est placé sous le plancher de chargement, une disposition qui libère de l’espace utile et que certains considèrent, non sans fierté, comme l’ancêtre du concept « cab over engine ». L’idée est bonne. Tellement qu’elle sera reprise des décennies plus tard par à peu près tout le monde.

Paris avant l’Allemagne : le Bon Marché commande le premier

Ce qui est assez piquant dans cette histoire, c’est que le premier exemplaire de ce fourgon ne resta pas en Allemagne. C’est Paris qui l’accueillit, et plus précisément les Grands Magasins du Bon Marché, qui cherchaient un moyen moderne d’acheminer leurs articles jusqu’à leurs clients. Sur les flancs du véhicule, on pouvait lire en lettres bien visibles : « Grands Magasins du Bon Marché, livraison des marchandises ». Le premier utilitaire de l’histoire était donc aussi, de facto, un panneau publicitaire roulant.

Il fallait débourser 4 500 marks pour en devenir propriétaire, avec un tiers payable à la commande. Ce n’était pas donné, mais pour un grand magasin parisien soucieux de son image, l’investissement avait sans doute du sens. La modernité a toujours eu un prix.

Une innovation oubliée, éclipsée par son propre contexte

Ce qui frappe, rétrospectivement, c’est à quel point ce véhicule est passé à la postérité sans vraiment y entrer. On parle de la Patent-Motorwagen dans tous les musées. On célèbre les premières voitures de course, les premières traversées de continent. Mais le premier fourgon de livraison ? Presque personne n’en parle, alors qu’il est probablement l’ancêtre le plus direct de ce qu’on voit rouler dans nos rues chaque matin.

Il faut dire que 1896 fut une année chargée pour Benz : la même usine sortait également ce qui est considéré comme le premier coupé doté d’un moteur thermique, basé sur la plateforme de la Victoria. Ce modèle fermé, avec son pare-brise incurvé et ses 32 km/h en vitesse de pointe, avait nettement plus de gueule qu’un fourgon de livraison. Et comme souvent, c’est l’objet le plus séduisant qui capte l’attention.

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